Le vinyle, le CD et la guerre de l’intensité sonore
Mercredi 27 février 2008Je m’intéresse depuis quelques temps à la hi-fi et, comme à mon habitude quand j’aborde un nouveau sujet, j’ai passé pas mal de temps à traîner sur les forums et à lire des magazines spécialisés.
En particulier, j’ai découvert qu’il existe de véritables inconditionnels du disque vinyle, et que certains même s’apprêtaient à s’y convertir en investissant dans une platine.
“Comment ? Il y a encore des gens pour préférer les craquements et le souffle du vinyl au son pur et inaltérable du CD ?”
Voici ce que j’ai compris :
Personne n’aime le souffle et les craquements du vinyl
Bon, ça me semble logique, mais ça ne m’aide pas plus à comprendre. Les amateurs de vinyl vivent ces artefacts également comme des défauts et c’est plutôt rassurant.
Le vinyl est un support plus résistant que le CD
Je devrais ajouter : si on en prend soin. Apparement, le support physique est plus costaud que le polycarbonate du CD.
Ce que j’en pense : le CD est “théoriquement” inaltérable. La lecture optique du support ne l’abime pas. Par contre, il faut en prendre grand soin lors des manipulations ; contrairement à l’idée reçue, la face la plus fragile est celle du dessus, car elle sert de réflecteur. J’ai d’ailleurs certains CD gravés dont la couche métallique s’est écaillée ou ternie.
Je ne connais pas beaucoup le vinyl, j’en ai très peu manipulé. Ce qui est sûr, c’est que la moindre rayure pâtit au support.
Bref : égalité entre les deux supports.
Le vinyl a un meilleur rendu sonore
Le vinyl, support analogique, n’est pas limité comme le CD par un échantillonnage qui bride les fréquences supérieures à 22 KHz (théorème de Shannon, fréquence 44,1 KHz). Dans la pratique, le vinyl n’est pas non plus capable de reproduire des fréquences aussi élevées et de toute façon on ne les entend pas !
Certains disent que les harmoniques à plus haute fréquence contribuent à l’équilibre générale de la musique. A vérifier avec des supports plus évolués (SACD ou DVD-A), moi je ne me mouille pas !
Mais le rendu sonore ne se limite pas à la performance spectrale ! Parlons aussi de dynamique. Le CD offre une dynamique très supérieure au vinyl qui est limité par la taille de ses sillons. La quantification du CD sur 16 bit est linéaire, alors que le vinyl fait appel à une compression.
D’où une différence de rendu… Les goûts et les couleurs…
Mais alors, c’est quoi la vraie raison ?
En fait, la vénération que certains portent au vinyl ne vient pas tant des qualités intrinsèques du support que de l’enregistrement qui s’y trouve.
Bon sang, c’est bien sûr : il ne fallait pas opposer le vinyl au CD sur le plan des capacités techniques. Le problème qui se pose est celui de la qualité des enregistrements.
The loudness war
ou la guerre de l’intensité sonore.
En fait, “on” n’écoute la musique plus tout à fait de la même façon. Le gros des ventes finit dans un iPod ou sur un autoradio et est écouté dans un environnement extérieur bruyant.
Quand il y a du bruit autour, vous faites quoi ? Moi, sur autoroute, je monte le volume. Le problème qui se pose, c’est celui-là :
Les enregistrements modernes sont faits de manière à obtenir un son qui “claque”, qui est fort tout le temps, dans lequel même les passages les plus faibles seront perçus facilement par le casque de l’iPod dans le métro. Donc on compresse les pistes de manière à avoir toujours le même volume sonore, aussi bien lors des passages faibles que dans les mouvements très forts.
A partir de ce moment, exit la dynamique. Voyez cette vidéo (en anglais) pour une explication par l’exemple :
C’est pratique pour écouter la musique dans les conditions citées plus haut, mais c’est dommage car c’est moins beau. Pour ma part, je ne m’étonne plus de la fatigue ressentie en écoutant certains CD : c’est “à fond, tout le temps”.
Conclusion
Bref, pour en revenir aux amateurs de vinyl, ce qu’ils recherchent n’est pas tant le son vinyl, mais l’enregistrement de qualité. Ils le trouvent sur des enregistrements réalisés il y a quelques années, donc en vinyl, mais aussi sur des CD bien faits (il en existe, heureusement) qui utilisent toute la dynamique disponible sur le support.
Et aussi, et c’est nouveau, sur les versions vinyles des CD qui sortent actuellement (et il y en a de plus en plus), qui comportent une version à la dynamique respectée car destinée à un marché de niche.
Pour expliquer la crise que connaît le disque actuellement, il faudra donc regarder du côté :
- de la qualité artistique des productions actuelles (ça dépend des goûts),
- de la qualité de l’enregistrement et du mastering,
- du prix public des CD qui n’ont jamais baissé en plus de 20 ans d’existence, alors que la technologie est maîtrisée.
Finalement, il serait peut-être intéressant de sortir un label destiné à ceux pour lesquels la qualité audio de l’enregistrement compte, car ils sont peut-être les derniers enclins à payer pour un support physique à même de restituer toutes les nuances de la musique.
Mais peut-être en connaissez-vous ?