Le web 2.0 face aux médias traditionnels
Alors que la quasi-totalité des journaux ont leur site web, que les radios diffusent leurs émissions en streaming sur le net et que même certaines chaînes de télévision proposent du contenu sur Internet, il est légitime de se demander quelle est la place du web 2.0 face à ces médias traditionnels présents sur la toile.
Le 11 septembre 2001 : point de départ
Suite à l’effondrement des tours du World Trade Center le 11 septembre 2001, des centaines de blogs se sont créés pour commenter les dernières nouvelles. Une grande partie de ces blogs a été créée en réponse au manque de sens critique des grands médias et au patriotisme ambiant.
Ce phénomène a également été remarqué lors des guerres qui ont suivi, en Afghanistan et en Irak.
Les blogs s’incrivent dans une forme de réaction à l’autocensure pratiquée par les médias traditionnels et à la crise de confiance qu’ils traversent. Ils permettent aux internautes de prendre la parole, de confronter leurs points de vue et d’argumenter en fonction des informations dont ils disposent directement ou non.
Cette dernière dimension a été fortement marquée lors du tsunami qui a touché l’Asie en décembre 2004. Alors que les télévisions diffusaient en boucle leurs images, la blogosphère s’alimentait de témoignages de gens présents sur place, de documents amateurs postés sur Youtube.
Non seulement contre-pouvoir, le web 2.0 est également un vecteur d’information dans lequel l’internaute devient un reporter capable de témoigner de ce qu’il voit autour de lui.
Les médias citoyens
C’est dans cette optique que Carlo Revelli et Joël de Rosnay ont lancé le média citoyen AgoraVox : offrir aux internautes une plate-forme apte à publier des articles rédigés par eux-mêmes et agrémentés de clichés qu’ils ont pu prendre sur le terrain.
Sur AgoraVox, une équipe valide les publications proposées par des rédacteurs (des visiteurs inscrits sur le site). Priorité est donnée aux thèmes ne bénéficiant pas d’une couverture médiatique importante. Ainsi, la proposition d’une nouvelle s’inscrit dans une démarche citoyenne de mise à disposition d’une information qui serait, sans AgoraVox, difficilement accessible ou cachée. Joël de Rosnay suggère un abandon des mass media au profit de ce nouveau genre de médias citoyens, les médias des masses.
Le grand succès des téléphones portables équipés de capteurs photographiques (ou photophones) est une des composantes intéressantes de ce travail d’information citoyenne. Il devient possible de publier en direct des photos ou des courtes séquences filmées dans la rue, dans le quotidien des citoyens, à des moments ou sous des angles de vue qui ne peuvent être traités par la presse. La pratique qui consiste à poster des billets ou des photos depuis son téléphone portable s’appelle le moblogging (mobile + blogging).
Moins de stars, plus de choix
Ce que j’aime aussi sur le web 2.0, c’est que les architectures participatives donnent plus de place à de l’information qui n’aurait pas sa place dans les circuits traditionnels, faute de temps, d’argent ou de volonté.
Le cas s’applique particulièrement bien à la promotion de la diversité culturelle. Des plate-formes comme Jamendo ou MySpace donne la chance à des artistes méconnus d’accéder à une audience considérable. C’est par exemple le cas du groupe Artic Monkeys, qui s’est fait connaître grâce à MySpace ou au rappeur rural Kamini (DailyMotion).
Parce que le coût de stockage de l’information numérique est quasi-nul, le fait de disposer d’un catalogue très vaste ne revient pas plus cher que d’avoir un catalogue constitué seulement des hits. D’autant que, comme le fait remarquer Chris Anderson au sujet de la musique numérique dans son livre intitulé The Long Tail, bien que l’essentiel des ventes se fasse sur les grosses productions, les ventes réalisées sur les produits plus confidentiels sont également très importantes.
Plus de choix = plus de personnalisation = une information adaptée à chacun
Dans le web 2.0, on a donc plus de choix. L’information délivrée est également largement personnalisable. La page d’accueil de mon navigateur web pointe ainsi sur le portail Netvibes, qui offre la possibilité d’afficher des composants et de les agencer selon ses goûts pour constituer une sorte de tableau de bord.
Flux RSS, prévisions météorologiques, mails, programme TV, vélo’v disponibles à proximité de mon domicile : j’ai accès d’un coup d’oeil aux informations essentielles à mes yeux.
Netvibes est ce qu’on appelle un mashup, une application composite qui, en regroupant et associant des données issues d’autres sources, créé plus de valeur que la somme des valeurs des données prises séparément. Par exemple, en prenant la liste des hot-spots Wi-Fi d’une ville d’un côté et la carte de la ville de l’autre, il est possible d’obtenir une information plus intéressante qui est la localisation des hot-spots sur la carte.
Cette personnalisation, permise par les technologies mises en oeuvre dans le web 2.0 (notamment la mise à disposition d’interfaces d’accès aux données), est absente des mass media traditionnels, qui diffusent en bloc la même information à chacun. Le web 2.0 permet donc, par la personnalisation, de délivrer une information adaptée aux desiderata de chaque internaute.
Les limites du web 2.0
Le revers de la médaille, c’est l’exploitation qui est faite de ces données de personnalisation.
La plupart des Business Models du web 2.0 intègrent une rémunération par la publicité. Plus le service est personnalisé, plus il est possible de cibler les publicités et donc d’attirer des annonceurs.
Dans certains endroits du web, des voix s’élèvent pour dénoncer l’exploitation commerciale à la fois du contenu produit par les visiteurs eux-mêmes, et par les atteintes à la vie privée que constitue le ciblage publicitaire lié à la personnalisation. Certains vont même jusqu’à parler d’esclavage 2.0.
Enfin, on s’interrogera également sur les craintes qui peuvent naître du stockage en ligne de ses données, en particuliers les mails, agenda, documents bureautiques rédigés de manière collaborative en ligne, photographies, lorsqu’elles sont placées entre les mains de sociétés étrangères.
19 septembre 2007 à 23:22
A propos du business model et de ses limites, encore faut-il que les annonceurs réevalue l’interêt du ciblage très abouti que permet le web 2.0 par rapport au model de publicité des médias traditionnels et particulièrement le rapport:
large audience & com indifférencié
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public plus restreint mais marketing “personnalisé”
Pour l’instant, l’évolution est plutôt lente (peut être également du fait des difficultés de mesure d’audience fiable sur le web???).
Cdt.
20 septembre 2007 à 10:19
Tout à fait, mon cher Guims. Cela dit, on a également vu apparaître la pub “2.0″, avec l’exemple des Google Ads, non intrusives car textuelles et particulièrement ciblées.