Les blogs ou la fin de la culture du secret
Dans son ouvrage Les blogs, nouveau média pour tous, Benoît Desavoye analyse ce qui a fait le succès des blogs en partant du fait que l’homme est naturellement communicant. Observez les enfants dans une cours d’école : ils ne peuvent s’empêcher de discuter, de confronter leurs points de vue, de poser des questions. L’information circule librement.
Maintenant, Benoît Desavoye fait un deuxième constat : l’acquisition du pouvoir dans l’entreprise repose sur la possession de l’information. Mon n+1 est celui qui sait plus de choses que moi : il détient l’information nécessaire à sa fonction. S’il la partage avec moi, je suis capable de prendre sa place. L’information est un élément de pouvoir.
Ainsi, alors que les enfants communiquent de manière naturelle, l’entreprise fait des plans de communication, l’organise, la structure, et paie des consultants très cher pour l’aider à faire en sorte que les collaborateurs communiquent.
Le succès des skyblogs, ces quelques 9 millions de carnets intimes animés par des adolescents ? Incompréhensible pour une bonne partie de leurs aînés ! Et pas seulement à cause du langage télégraphique et du vocabulaire dédié qu’ils utilisent. Pourquoi donc se livrent-ils ainsi à des millions d’inconnus, quand la moindre discussion avec leurs parents est conflictuelle ?
Les blogs : du donnant-donnant
Les blogs – ou weblogs (contraction de “web log”, le log étant le journal de bord de la marine et de l’aviation américaine) – ne se limitent pas aux skyblogs. Il y a des blogs très sérieux, d’autres plus fantaisistes, certains sont généralistes, d’autres ultra-spécialisés, ils traitent d’actualité, de nouvelles technologies, de wi-fi, de cuisine ou de télévision. Ce sont des sites web dynamiques sur lesquels sont publiés périodiquement des billets, présentés par ordre antéchronologique.
L’intérêt d’un blog n’est pas de publier de l’information, mais de donner lieu à une discussion : les visiteurs du blog peuvent réagir ou répondre à l’auteur par les commentaires, ou en publiant un article lié sur leur propre blog. Ainsi, le billet publié est la contribution de l’auteur à la blogosphère (l’ensemble des blogs) : il reçoit en retour un savoir partagé par ses visiteurs ; chacun y trouve son compte.
Les blogs, c’est la cours de récré, selon le schéma suivant :
Si je te donne une information, tu as l’information, et moi je l’ai encore. Ainsi, je peux augmenter ta connaissance sans affaiblir la mienne.
Production d’information
L’information publiée sur les blogs n’est que rarement créée ex-nihilo. La technologie de base qui structure l’information des blogs et du web 2.0 en général sont les liens hypertextes. Ainsi, les billets publiés sur les tous premiers blogs étaient des recueils de liens pointant vers des pages que l’auteur avait trouvées pertinentes.
De nos jours, les billets publiés renvoient quasi-systématiquement vers d’autres billets, composant l’information à partir de plusieurs sources. Cette capacité à établir des liens pour commenter d’autres productions sur le web offre à mon sens deux aspects principaux :
- l’information se transmet rapidement et la blogosphère agit comme une caisse de résonance : plus une information est diffusée, plus on en parle ;
- les liens pointent vers des sources d’informations que l’auteur juge appropriées et nouent des relations entre les auteurs des blogs, participant ainsi à l’effet de réseau de la blogosphère.
Le premier point a longuement défrayé la chronique dans les médias traditionnels, jugeant que l’effet de résonance était propice à la diffamation et à la calomnie (”sur Internet, on trouve le meilleur comme le pire”).
Un bon exemple de la capacité d’amplification de la blogosphère est la découverte puis la diffusion de la clé de déchiffrement des nouveaux HD-DVD, qui s’est répandu telle une traînée de poudre sur le web (des internautes ont même déposé la clé comme nom de domaine !). Il faut dire que le système cryptographique employé avait de quoi faire sourire. L’autre enseignement à tirer de cet épisode est la quasi-impossibilité de censurer l’information dans la blogosphère. Vous verrez prochainement, lorsque j’étudierai la notion de pertinence sur le web 2.0, que c’est un point clé dans la manière d’envisager l’information.
La forme utilisée dans les blogs est très importante : les textes sont majoritairement rédigés à la première personne, sous forme de témoignages relatant d’une expérience vécue par l’auteur ou présentant son opinion sur un sujet particulier (ce qui occasionne souvent des débats sur le caractère narcissique de la blogosphère). Les bénéfices sont la proximité avec l’auditoire et la sincérité propice à engager la conversation. Il faut voir l’auteur du blog comme un ami assis en face de vous dans un bistrot confortable. On retombe sur la problématique de la pertinence de l’information et du bouche à oreille.
Consommation de l’information
Si on ne produit plus l’information de la même manière, en prenant pour principe de base le partage de celle-ci pour s’enrichir mutuellement, il est également vrai qu’on ne consomme pas l’information comme on le faisait auparavant.
La première différence avec un média traditionnel (comme la presse, la télévision ou la radio) est l’interactivité de l’information. Par le biais des commentaires, il est dans l’essence même du web 2.0 d’ouvrir la discussion entre le producteur et les consommateurs de l’information. Cette voie retour existe de manière infime avec le courrier des lecteurs. Sur le web, elle est aux premières lignes.
Pourquoi est-ce important ? L’information est ainsi discutée, complétée, corrigée. On confronte un grand nombre de points de vue. D’un état statique, figé, elle devient extrêmement meuble et s’enrichit au fur et à mesure de la conversation. Cette qualité est attribuable a plus forte raison aux wikis.
La seconde est que la diffusion de l’information n’impose pas un mode de présentation particulier. Il est par exemple possible de lire ce blog en ligne, depuis votre navigateur, mais aussi de récupérer son contenu au moyen des flux RSS. Ces flux de syndication de l’information sont réutilisables dans un aggrégateur (application sur l’ordinateur ou en ligne, comme Google Reader).
Mon aggrégateur est par exemple alimenté par 74 sources d’information différentes. J’ai donc à portée de clic, depuis une seule et même application, plusieurs centaines d’articles par jour, émanant de sources que j’ai moi-même choisies et dans des domaines qui m’intéressent. Je m’oblige à restreindre le nombre de sources en faisant le ménage périodiquement, car la lecture de ces actualités est particulièrement chronophage.
Je vous propose de revenir plus en détail sur ces manières de sélectionner et trier l’information dans un prochain billet.
Les blogs dans l’entreprise
J’anime ce blog à titre personnel, mais je suis souvent amené à m’interroger sur la place que peut prendre un média tel que le blog dans la communication en entreprise. Je vois deux aspects au blog :
- l’utilisation interne : permet aux collaborateurs de parler du projet sur lequel ils travaillent, de s’informer sur les autres projets traités, de fédérer une entreprise autour de ses réalisations ;
- l’utilisation externe : permet une communication plus sincère, moins guindée et aussi plus réactive que les traditionnels communiqués de presse ou le site institutionnel.
Permettez moi de m’étendre un peu sur ce deuxième point. Avez-vous déjà remarqué à quel point tous les sites institutionnels des grandes firmes se ressemblent ? Le constat est partagé par Loïc le Meur, un des bloggueurs les plus influents, dans son ouvrage Blogs pour les pros. Finalement, le blog d’entreprise permet d’adopter une ligne de communication plus spontanée, plus réactive, et surtout de bénéficier du retour des clients.
Bien entendu, cela suppose une réelle sincérité de l’entreprise, qui doit jouer le jeu :
- la démarche doit être reconnue par l’entreprise et ne doit pas se dérouler sous couvert de l’anonymat, encore moins en se faisant passer pour quelqu’un d’autre ;
- le propos ne doit pas se transformer en support publicitaire : il faut parler des produits ou des opérateurs avec le plus d’objectivité possible ;
- la personne qui anime le blog doit faire en sorte de provoquer et alimenter les conversations des visiteurs via les commentaires.
Un exemple d’entreprise qui communique par un blog ? Arcome, société de conseil en stratégie marketing auprès des opérateurs télécoms, anime un blog où elle développe des analyses sur les dernières évolutions du marché, des usages… C’est malin car ça permet à des clients potentiels de juger de la pertinence des prestations réalisées.
A mettre en place dans ma future entreprise ?
9 juillet 2007 à 7:49
Note tres interessante, juste pour info, nous avons réalisé du Direct depuis la semaine derniere, et nous allons donner des RDV aux blogueurs pour qu’ils puissent poser des questions aux chefs…
Bien a vous