La prise de contrôle des moyens de production
Nous l’avons vu dans le précédent billet, la naissance du web 2.0 est fortement corrélée à des évolutions technologiques qui ont simplifié à la fois la production et la diffusion de l’information.
En premier lieu, l’apparition et la large adoption du langage de script PHP et de la base de données MySQL ont permis le développement des applications de gestion de contenu (CMS) permettant d’abaisser le ticket d’entrée de la publication sur internet en terme de :
- compétences techniques (il n’était plus nécessaire de maîtriser le langage HTML),
- moyens financiers (la gratuité des outils précités et le faible coût de l’hébergement web abaissent le coût d’un site simple à quelques euros par mois),
- temps passé (la publication d’un document se réduit à la rédaction du texte, la mise en page étant assurée par le CMS).
Il est désormais possible de se faire une place sur le web gratuitement et moins de deux minutes, en ouvrant par exemple un compte sur Blogger.
L’arrivée de la micro-informatique dans les foyers et la démocratisation de l’accès à Internet sans limite de temps (par ADSL, par exemple) contribuent également au renouvellement du web : il est plus facile de produire de l’information, et il y a de plus en plus de producteurs.
Finalement, on se retrouve dans une situation que Joël de Rosnay décrit dans son livre La révolte du pronétariat comme relevant de la prise de contrôle des moyens de production de l’information, anciennement réservés aux infocapitalistes (les détenteurs de contenu et des circuits de distribution associés) et désormais accessibles au commun des internautes.
On peut voir l’analogie avec le phénomène des radios libres des années 80, libéralisant les ondes FM et mettant la diffusion radiophonique de l’information à la portée du citoyen. Aujourd’hui, les radios libres sont devenues des sociétés commerciales et il n’existe plus vraiment d’espace de libre expression permettant de toucher un public de masse.
Le web 2.0 constitue une réaffirmation de ce besoin de produire et consommer de l’information librement. Les blogs, les wikis, les podcasts, les videocasts, les médias citoyens, les forums, le peer2peer mettent la production et la diffusion de l’information à la portée de tous.
Au chapitre des évolutions technologiques caractérisant le web 2.0, on cite souvent l’AJAX (Asynchronous Javascript and XML) comme élément incontournable. S’il est vrai que les technologies mises en oeuvres dans AJAX ne sont pas en soi nouvelles, leur utilisation structurée a révolutionné les applications en ligne en permettant une expérience utilisateur et une ergonomie proches de celles d’un logiciel classique. A la clé : une simplification de l’usage des moyens de diffusion et de consultation de l’information.
Il en va de même pour les technologies de syndication de contenu comme les flux RSS (Really Simple Syndication ou Rich Site Summary) qui permettent la réutilisation de contenu à l’extérieur d’un site.
On voit donc que les progrès technologiques ont beaucoup contribué à façonner les nouveaux usages, en dépossédant les infocapitalistes des moyens de production et de diffusion de l’information.